Taxiiiiii ?!

Il est 6h du matin. Mayotte se réveille. On est le 12 septembre 2018, jour d’un nouveau départ. 4ème destination: Madagascar.

On est le 12 septembre 2018, j’ouvre les yeux et je ne sais pas encore ce qui m’attend.

11h30, aéroport de Dzaoudzi. Mes bagages sont enregistrés. Je suis en salle d’embarquement, confiante malgré les minutes de retard annoncées pour mon vol.

11h55, embarquement dans le coucou desservant l’aéroport de Tananarive. Dans l’avion, on discute avec Claude, comorien et musicien à ses heures perdues, qui va profiter de ses vacances pour entre autre, enregistrer un album.

14h00, arrivée à Tananarive. Un nouveau tampon sur le passeport, bagages sur le dos, je rejoins direct la station de taxi. Destination la gare routière de Maki, avec un stop pour investir dans une carte sim locale. Le chauffeur hyper sympa prend le temps de m’expliquer le paysage alentour.

15h00, Arrivée à la gare, je lui demande de bien vouloir m’escorter afin de me servir d’intermédiaire pour le choix du taxi brousse qui m’emmènera jusqu’à la destination finale: Diego Suarez, tout au Nord de Mada. En deux minutes c’est réglé. Je me réjouis d’avance, sereine. Mes deux places en poche – faut pas déconner quand même, la vazaha voyage en classe grand confort – on m’annonce un départ dans une demi heure. Quel est celui qui me disait que ça serait compliqué à gérer ?!

18h00, j’embarque enfin. Oui, parce que la demi heure s’est légèrement transformée. « Mora mora » qu’ils disaient. Je l’applique. Léger stress quant à la destination finale. J’ai du mal à comprendre le chauffeur qui m’explique qu’il n’est pas certain d’aller jusqu’à Diego mais que surtout, il ne faut pas que je m’inquiète. On trouvera dans tous les cas une solution. Je respire un grand coup, me détend. Dans tous les cas, je finirai à bon port. Ça prendra le temps qu’il faudra mais je peux quand même bien supporter ça.

18h26, premier stop. On est à peine sortie de Tana, notre taxi a malencontreusement effleuré un motard. Ça prend 15 min. Et on repart.

19h47, un barrage militaire. Je comprends pas vraiment ce qui se passe. Le camion est stoppé quelques secondes. À priori, rien à signaler. L’officier fait signe de repartir.

21h00, halte dans ce qui ressemble à une aire d’autoroute locale. L’un des deux chauffeurs qui, je sens, m’a gentiment pris sous son aile depuis le départ, m’informe que c’est la pause dîner. Je ne sais même pas ce que je commande. « Akoho sauce?! » C’est du riz. Beaucoup de riz avec un peu de poulet et de la sauce ! Loin de moi l’idée de critiquer la gastronomie locale mais honnêtement, c’est mauvais. (Pardon d’avance à tous les malgaches..!). Un arrêt au stand derrière une butte plus tard, et c’est reparti. Musique à fond depuis le départ, j’apprends à apprécier malgré moi le genre Malagasy, clips vidéos à l’appui. Bon… jusque là tout va bien. Le démarrage m’a inquiété mais il n’y a finalement pas de raisons. Pas d’arrêt intempestif. Pas de panne à signaler. Je m’endors même une bonne partie de la nuit, attendant avec impatience le lever du soleil pour enfin découvrir les paysages que La belle a à m’offrir. Je sais pas ce qu’ils racontaient les gens des forums que j’ai lu, mais ils n’ont vraiment pas eu de chance. C’est le karma, c’est sûr. Je jubile de ce voyage à la roots qui satisfait mes petites attentes de touriste en mal d’aventure.

J+1 – 8h00. Ça fait maintenant 14h00 qu’on roule. On est au niveau de Port Bergé. Sur la carte, ça équivaut à peu près à la moitié du trajet. J’ose demander une estimation du temps restant, par habitude. La veille, on m’a annoncé une arrivée à Diego aux environs de 15h. Aujourd’hui, ce n’est plus tout à fait d’actualité. Ça sera plutôt 18h « ce soir dans tous les cas ». Je reste septique. Il paraît que le dernier tiers de la route est le plus compliqué. Bon … jusque là tout va bien. Je profite du paysage. Je mange du riz au poulet bouilli. Je me plante et fais pipi dans la douche plutôt que dans les toilettes. Tout est sous contrôle.

j+1 – 14h00. (Soit 6h00 plus tard pour vous faciliter le calcul). On en est là. La Croix rouge oui. J’ai oublié depuis, mais à cette heure là mon optimisme sans faille ne me permettait pas de laisser la place au doute. Il reste rien. Je le vois. C’est tracé bleu sur blanc sur cette foutue carte.

J+1 – 15h00. Je commence à m’ambiancer sur du JJ Goldman. Ça fait déjà 9 fois qu’il « me do-oh-oh-o nnnneee » et tout ce que je suis, ce que je vaut et tous mes défauts, j’ai eu largement le temps d’y penser. Je tape des mains. Je bouge la tête. Le temps passe plus vite avec une playlist bien choisie. Je tâche de garder toute ma bonne humeur et mon énergie mais même le paysage me paraît d’un coup monotone. Les rizières et autres charrettes de zébu, ça va bien 5 min mais ça manque un peu d’action !

J+1 – 16h03. Message de Laurent m’informant qu’il est à Ambanja. Pour l’anecdote, les taxis brousses embarquent avec eux des colis à déposer dans différents lieux. Je me suis demandée comment les destinataires réussissaient à avoir l’information de l’heure d’arrivée de leurs biens. Et bien, il doit falloir faire confiance au hasard. Mon colis à moi, c’était Laurent. Et on a pas eu besoin de prévoir quoique ce soit. À 16h03, on était au même endroit. Le temps d’une concertation, pour lui de payer une chambre d’hôtel dont il n’a eu d’utilité que pour effectuer ses besoins primaires, et je ne parle pas de la sieste, nous voilà réunis à embarquer dans le même taxi plutôt que de se retrouver le lendemain soir à Diego.

J+1 – 17h00. Nous sommes ravis – surtout moi car lui comptait à la base, bel et bien se reposer à Ambanja et repartir le lendemain en 4×4 – le chauffeur reprend la route vers notre destination commune. On est carrément à l’aise. La moitié du convoi est descendu au précédent arrêt. Je me sens presque privilégiée maintenant de pouvoir m’allonger sur la banquettes entière. Le karma encore et toujours. Oui, c’est un peu long mais il faut l’admettre. La chance ne me quitte pas.

J+1 – 21h. Arrivés Ambilobe. Éli, le chauffeur transi, murmure mon prénom et me demande si je me souviens de ce qu’il m’a dit à la gare de Tana avant de partir. Je m’en souviens bien, et il est apparement temps pour lui de rebrousser chemin. Eux, comme évoqué à Tana, font demi tour ici sur ordre du patron. Déchargement, rechargement du nouveau camion et … il y a du monde au portillon. Il faudra une bonne heure et demi pour tout remettre en place. Avec Laurent, on ne sait pas quelles sont nos nouvelles places. On aurait pas vraiment du attendre de le savoir. On nous explique qu’il reste les places du fond. Il n’est plus vraiment question de deux places pour une personne à ce moment là …

J+1 – 22h52. La taxi brousse repart. Avant cela, si on m’avait demandé mon avis sur le fait de prendre ou non ce moyen de transport pour un Antananarivo – Diego , j’aurai répondu que c’est pas non plus le plus facile mais qu’avec un peu de bonne volonté c’est supportable. Ça, c’était avant. Après près de 28h de voyage, je vous l’assure, il se passe quelque chose entre le corps et l’esprit. Y’a tout qui déconnecte. D’un coup. C’est le trajet le plus long et le plus court de ma vie à la fois. 8h pour faire 180km dans des conditions que si tu as pas vécu, tu peux pas savoir. La route est effectivement hyper dégradée, On m’avait prévenu. Mais elle n’est pas dégradée la route .. il n’ y en a plus que la moitié. Les nids de poule n’en sont plus … ce sont des gouffres. Et il manque des pans entiers de revêtement. Les parties les plus praticables sont en fait les pistes. Mon voisin, gentil, tient à me rassurer. Il me dit qu’il faut 4h de route. C’est le seul message que je comprends car je pars ensuite dans une succession de demi sommeil selon la technique de la tête qui balance.

J+2 – 3h00. Mon voisin me tapote sur l’épaule. J’ouvre les yeux tant bien que mal. Il est fier de me dire qu’il avait raison, on a bien mis 4h. Personne n’a l’air de descendre. Je ne sais même pas où l’on est mais lui a l’air satisfait. Moi, je me réjouis seulement de comprendre enfin comment font ces gens qui arrivent à dormir n’importe où. Il me sourit de nouveau et trouve amusant de lancer de nouveau les paris pour la suite « 4h encore !!! »

J+2 – 6h50. On y est. Le temps s’est arrêté pendant les 7 dernières heures. J’ai l’impression d’avoir été complètement anesthésiée. Complètement déconnectée du temps. Je suis arrivée et le rythme Malagasy est en moi. La montre ne compte plus. MORA MORA.

Nota bene: pour les économes avides de confort. J’ai appris – une fois sur place évidement – l’existence de la création depuis quelques mois de liaison tana Diego par la compagnie low cost d’air madagascar: tsaradia. À des prix défiants toute concurrence tant qu’à faire. Alors.. le taxi brousse c’est bien. Ça fait découvrir le paysage et je suis contente de l’avoir fait. Mais pour une prochaine fois, je suis contente aussi de savoir que cela existe !!!

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